La SPA donne son avis sur trois grands enjeux liés au bien-être des animaux

Durant l’année 2012, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a mené une grande consultation auprès des membres du Groupe de travail sur le bien-être des animaux de compagnie. Cet exercice de consultation portait sur trois enjeux ciblés en matière de bien-être des animaux de compagnie : les méthodes d’euthanasie, la surpopulation de chiens et de chats ainsi que les chiens gardés attachés en permanence. Comme la SPA de l’Estrie compte au nombre des membres de ce groupe de travail, elle a été invitée à transmettre ses recommandations; vous trouverez ici un résumé des principaux éléments qu’elle a soumis à cette occasion.

Les méthodes d’euthanasie

Avant toute chose, la SPA de l’Estrie considère qu’il est essentiel de travailler à diminuer le nombre d’animaux qui doivent être euthanasiés dans les refuges et que pour ce faire, des programmes d’éducation et de sensibilisation percutants doivent être mis en place à l’échelle nationale (voir la section qui traite de la surpopulation des chiens et des chats).

En ce qui concerne précisément les méthodes d’euthanasie, la problématique la plus criante est l’utilisation de cabinets d’euthanasie qui ne respectent pas les normes techniques garantissant leur bon fonctionnement et le bien-être des animaux.  Il est donc important d’encadrer à court terme l’utilisation de ces appareils; un système de permis obligatoires, conditionnels à la conformité aux normes établies, serait une façon efficace d’y arriver.

Le fait que l’euthanasie par injection soit difficilement accessible au Québec, et ce particulièrement  pour les refuges qui doivent euthanasier un grand nombre d’animaux à chaque année, est également très problématique. Il serait souhaitable qu’un moyen concret d’utiliser l’euthanasie par injection, applicable à des coûts raisonnables, soit mis à la disposition des refuges. Des approches qui permettraient de faciliter la délégation d’actes vétérinaires (télémédecine, formations spécifiques pour les techniciens en santé animale et animaliers, etc.), sont aussi nécessaires afin de permettre à tous les refuges d’être en mesure d’utiliser cette méthode.

Note au lecteur : Il est important de préciser que la méthode d’euthanasie utilisée à la SPA de l’Estrie est par injection.

La surpopulation de chiens et de chats

La surpopulation animale est particulièrement criante chez les chats. La situation semble être due en partie à des gardiens qui ne font pas stériliser leur chat, qui ne l’identifient pas ou qui l’abandonnent trop facilement, et en partie à des chats errants de génération en génération. Chez les chiens, le surnombre, bien que moins préoccupant, provient notamment des usines à chiens.

Dans tous les cas, la surpopulation animale est moralement inacceptable et devient un coût additionnel pour les payeurs de taxes. Il est donc urgent de prendre des moyens efficaces pour diminuer de façon tangible la surpopulation animale au Québec, et la SPA a soumis plusieurs propositions pour y arriver :

  • Campagne de promotion de la stérilisation. L’éducation et la sensibilisation des citoyens sont des incontournables en matière de stérilisation des animaux de compagnie. En effet, si le drame de la surpopulation animale crève les yeux de ceux qui œuvrent dans les domaines de la protection et du contrôle des animaux, il n’en va pas de même pour les citoyens moins informés. On doit en arriver à ce que la stérilisation des chiens et des chats fasse partie des mœurs des québécois.
  • Programmes de stérilisation. C’est un investissement rentable que de favoriser la stérilisation des chiens et des chats et ainsi diminuer pour toutes les années à venir ceux qui devront être pris en charge. Un partage des coûts entre les différents intervenants pourrait être envisagé, et tous jouiraient des bénéfices de ces programmes par la suite, ne serait-ce qu’en termes financiers. Parmi les approches possibles :

→ Travailler de concert avec l’Ordre des médecins vétérinaires du Québec afin de trouver rapidement une approche qui permette à des cliniques spécialisées en stérilisation d’avoir pignon sur rue et de publiciser leurs services –y compris le fait qu’elles offrent des tarifs avantageux. Comme cela se fait dans certains domaines de la médecine humaine, de telles cliniques pourraient prévoir des ententes avec des cliniques traditionnelles et ainsi être dispensées de l’obligation de posséder certains équipements qui ne sont pas nécessaires pour leurs opérations spécialisées.

→ Au nombre des avantages dont bénéficient les exploitants agricoles qui s’enregistrent auprès du MAPAQ, inclure des mesures d’aide financière en lien avec la santé des chats qui vivent sur les fermes, en particulier pour la stérilisation. Les exploitants agricoles enregistrés bénéficient par exemple du Programme d’amélioration de la santé animale au Québec, qui leur octroi des rabais offerts sur les frais de vétérinaire pour certains animaux (http://www.mapaq.gouv.qc.ca/SiteCollectionDocuments/Taxes%20foncieres%20agricoles/BrochureMAPAQ_enregistrement.pdf). Comme les chats vivent sur les fermes en grand nombre et font partie des animaux utiles pour les exploitants agricoles, il serait normal et approprié que leur santé soit prise en compte au même titre que celle des autres animaux.

→ S’inspirer des approches novatrices que développent présentement certains grands organismes américains (ASPCA, PetSmart Charities) en matière de stérilisation ciblée. Ces approches, dont les résultats jusqu’ici semblent très concluants, sont basées sur le fait que le revenu des citoyens ou le prix des stérilisations ne sont pas les seules variables à considérer au moment de concevoir des programmes de stérilisation. Parmi ces nouvelles approches, on retrouve par exemple la mise à profit de la géo-détection : on analyse sur plusieurs mois l’origine physique de certaines catégories d’animaux (ex : chats errants non-stérilisés) reçues dans un refuge (http://www.aspcapro.org/targeting-risk-preparing-to-use-gis-to-s.php). Ensuite, une zone géographique est ciblée comme problématique et c’est dans cette zone que les programmes sont directement implantés.

  • Mesures législatives. Par exemple, on pourrait prévoir dans la loi l’obligation pour  tous les refuges, animaleries, éleveurs et sites de petites annonces (kijiji, LesPAC, etc.) de ne mettre en vente ou faire adopter que des chiens et des chats déjà stérilisés, ou de prévoir une limite du nombre d’animaux non-stérilisés que peut garder un citoyen (ex : maximum d’un chat et d’un chien non-stérilisés par foyer).

Les chiens gardés attachés en permanence

La situation d’un chien attaché deux ou trois heures par jour est tout à fait différente de celle du chien gardé attaché sa vie durant; la problématique devient évidente au moment  où ce mode de garde devient un mode de vie, constant et permanent, et où l’univers du chien se résume aux quelques mètres auxquels il a accès avec sa chaîne. Dans le milieu du contrôle et de la protection des animaux, on convient que le fait de garder un chien attaché comme mode de vie est souvent le symptôme apparent d’un cas de négligence : il arrive souvent que ces chiens ne reçoivent pas les soins nécessaires, qu’ils soient nourris de façon sporadique, manquent d’eau et qu’ils ne puissent se protéger adéquatement du soleil ni du froid.

Le cas de figure du chien gardé attaché en tout temps n’est malheureusement pas exceptionnel. À la SPA de l’Estrie, nous recevons fréquemment des appels de citoyens qui s’inquiètent du bien-être de chiens gardés de la sorte. Dans une telle situation comme dans celles qui s’y apparentent, quatre enjeux importants deviennent fort problématiques :

Un enjeu de bien-être animal. Il est établi depuis longtemps que les chiens sont des êtres sociaux dont l’équilibre et le bien-être dépendent de la possibilité d’être en contact avec des humains et/ou d’autres membres de leur espèce. Les carences psychologiques qui découlent de la privation de contacts sociaux peuvent faire d’un chien à l’origine docile et amical un animal anxieux, malheureux, hyperactif et bien souvent agressif. De plus, chez le chien dont le mode de vie est d’être gardé à l’attache s’ajoute la frustration de ne pas être en mesure d’exprimer des comportements fondamentaux comme courir, sentir, faire ses besoins dans un endroit retiré, etc. Un chien qui subit de telles contraintes manifeste, au fil du temps, de plus en plus de comportements désagréables, ce qui diminue d’autant l’intérêt qu’a sa famille à passer du temps en sa compagnie; il s’agit malheureusement d’un cercle vicieux qui ne fait que s’intensifier, au détriment du pauvre chien qui le subit.

Un enjeu de santé et de sécurité animale.  Dans bien des cas, les chiens dont le mode de vie est d’être gardé à l’attache ont le cou pelé, parfois couvert de plaies; c’est le résultat d’un collier irritant, mal ajusté ou des efforts répétés de se libérer en exerçant une pression sur la chaîne. Dans des cas extrêmes, on retrouve même des chiens dont le collier est incrusté dans la peau. Ces chiens sont également une proie facile pour d’autres animaux sauvages ou domestiques, des humains malveillants ou des insectes attirés par les déjections et la boue. Dans certaines circonstances, les insectes deviennent carrément harassants pour le chien qui n’a aucun moyen de leur échapper.

Un enjeu de sécurité publique. Un animal qui a peur a normalement deux choix : fuir ou se battre. Dans le cas d’un chien gardé attaché, la seule option est la bataille. De surcroît, les chiens dont le mode de vie est d’être gardé à l’attache sont presque inévitablement carencés en matière de socialisation, ce qui contribue à les rendre d’autant plus craintifs. Si un animal, un enfant ou un adulte s’aventure alors par mégarde dans le périmètre de la chaîne de ces chiens, ou dans le cas où l’un d’entre eux prend la fuite, les risques de morsures sont évidents. Sans surprise, il a été maintes fois démontré qu’il y a une corrélation directe entre le mode de vie à l’attache et la propension d’un chien à mordre (http://www.humanesociety.org/assets/pdfs/pets/chaining-quotes.pdf).

Un enjeu de paix publique. L’expérience le démontre clairement, un chien attaché en tout temps, parce qu’il s’ennuie, est carencé et malheureux, aboie beaucoup. Il devient rapidement une source de nuisance auditive pour tout le voisinage.

Du point de vue de la SPA de l’Estrie, il est donc très important d’améliorer les conditions de vie des chiens qui vivent attachés en permanence. Pour ce faire, elle suggère que des actions d’information et d’éducation soient d’abord mises de l’avant. Par exemple :

  • Éduquer les citoyens quant aux problèmes qu’occasionne le fait de garder un chien attaché en permanence avec quelques pieds de chaîne à un objet stationnaire.
  • Proposer des actions à poser pour amoindrir les problématiques inhérentes au fait de garder un chien attaché (temps d’attache limité à quelques heures par jour, temps d’exercice et de socialisation minimal à fournir chaque jour, etc.) et des alternatives plus acceptables en termes de mode de garde (ex : enclos d’une taille minimale, pivot ou système de poulie du genre « corde à linge » qui permet une amplitude minimale, etc.).
  •  Préparer des outils pratiques pour aider les citoyens à appliquer ces recommandations.

Par la suite, la SPA suggère que des dispositions législatives qui encadrent davantage la garde des chiens attachés pourraient être mises en vigueur. Toutes sortes d’approches du genre sont utilisées un peu partout à travers le monde, dont aux États-Unis où plus de 100 communautés réparties dans une trentaine d’états se sont dotées de lois et de règlements en la matière. On pourrait par exemple prévoir un maximum d’heures où le chien peut être attaché par période de 24 heures, une interdiction d’attacher un chien à l’intérieur d’une certaine plage horaire (ex : entre 20 h et 6 h) ou une interdiction d’attacher un chien lors de conditions climatiques extrêmes (tempêtes de neige, températures en-dessous de 00C ou au-deçà de 250C).

Voici quelques exemples de dispositions présentement en vigueur en cette matière :