Grisette

Sherbrooke, dimanche, le 5 avril 2013

Nous t’avions nommée « Grisette », à cause de ton manteau gris. À partir du haut du nez, du blanc descendait symétriquement et ta queue portait, tout au bout, une petite touffe de blanc, comme un feu arrière… tu avais alors quatre mois.

Nous avons été te chercher le 7 novembre 2011 à la SPA de l’Estrie. Tu avais sorti ta patte du grillage, comme pour nous indiquer que tu étais là, et que tu nous attendais. Nous t’avions adoptée et tu as tenu fidèlement compagnie à mon épouse qui est atteinte dans sa mémoire. Mais tu m’as aussi tenu compagnie et le matin, je prenais soin de toi.

Souvent, tu venais dans mon bureau, où tu te couchais au bas de mes bibliothèques en jetant des regards inquiets vers l’imprimante de mon ordinateur. Tu avais tes places favorites sur les fauteuils du salon et au pied de notre lit…

Tu étais fascinée par les bouchons métalliques du bain et de l’évier de la salle de bain, et tout ce qui brillait t’intéressait au plus haut point. Mais, ta préférence suprême était les objets en caoutchouc. Tu venais sur mon bureau afin de voler des élastiques. C’était ton jouet favori. Notre maison fait partie d’un domaine très fermé, et tu allais dehors où tu faisais des tournées avec ton ami, un gros chat noir prénommé « Monsieur ».

Tu t’installais en plein milieu de notre entrée, et tu surveillais les environs. Ce printemps, tu allais t’accroupir au centre de la pelouse arrière, et tu attendais que des oiseaux viennent atterrir tout près de toi… tu n’avais pas encore compris le principe de la chasse.

Mon épouse t’aimait et elle te cherchait souvent dans la maison. Elle te parlait et te trouvait bien belle. Tu apportais une présence vivante dans notre maison, et tu m’aidais aussi beaucoup en t’occupant de ta maitresse.

Puis, mardi dernier, tu as été gravement blessée lors d’un accident. Ce n’était pas une auto (tu les fuyais). Nous t’avons amenée à la clinique vétérinaire, mais après examen, il n’avait rien à faire. Nous te regrettons beaucoup, et la gaieté que tu avais apportée dans notre maison n’est plus.

Tu as donné une grande leçon à l’humain que je suis. Quand je t’ai installée le mieux possible, afin de t’amener à la clinique, tu avais du mal et tu as repoussé ma main, mais sans jamais sortir tes griffes. Tu savais que nous t’aimions et qu’on ne te voulait pas de mal.

Depuis que tu es partie, je dois m’occuper beaucoup plus de mon épouse… tu n’es plus là et elle répète souvent qu’elle s’ennuie de toi.

On dit des humains qu’ils ont une âme, mais les êtres comme toi doivent aussi en avoir une, à leur hauteur.

Depuis quelques jours, Monsieur, ton ami, vient rôder sur le patio… il t’attend!

Merci d'avoir égayé par ta présence la vie de celle que j’aime.

Ton maître humain…Paul.